1er samedi août 2026 La Résurrection

1er Mystère glorieux : La Résurrection

Fruto do mistério: a fé

Pour bien mesurer la puissance du mystère de la Résurrection il faut au préalable se replonger un instant dans la réalité de ce qui s’est passé juste avant : la mort de Notre-Seigneur. Le Christ si bon, ce Messie tant attendu qui porte l’espoir et le salut du monde, Celui pour qui les apôtres ont tout abandonné et dont la gloire commençait à s’étendre partout, le voilà condamné et tué en moins de vingt-quatre heures. Quel choc ! Tout s’arrête. Les apôtres sont effondrés. Leur Maître et Seigneur n’est plus. L’échec est insupportable. Oui, en ce matin de Pâques la tristesse règne.

 

Mais une flamme demeure. Seule, la Sainte Vierge, en dépit de toute évidence, continue de croire et tient la foi de l’Église naissante. Marie a vécu le Samedi Saint partagée entre d’une part une immense douleur sensible – liée au souvenir de la Passion encore présente dans son esprit – et d’autre part sa foi dans la certitude de la Résurrection. En effet, le souvenir du supplice subi par son Fils l’accable, ne la quitte pas et se dresse devant ses yeux qui pleurent. Elle ressent encore dans tout son être ce corps inanimé, déchiré qu’elle a porté dans ses bras au pied de la Croix, ce visage si beau devenu méconnaissable, ce Cœur tant aimé transpercé. Sa douleur humaine est considérable : douleur d’une mère parfaitement compréhensible d’autant qu’aucune mère n’a aimé son enfant comme Elle.

C’est pourquoi, le Samedi Saint, Elle vécut une véritable agonie, seule, à l’image de Jésus à Gethsémani. Mais en même temps, dans son âme, sa foi inébranlable en la Résurrection de son Fils, lui apporte la paix. Cette foi la tient en vie. C’est pourquoi, en ce matin de Pâques, Elle ne court pas, ne va pas au tombeau, ne cherche pas Jésus : Elle l’attend. Son Cœur terrassé de douleur se prépare néanmoins au choc des retrouvailles. Peut-être qu’en ce moment historique, Elle fait le lien avec le souvenir du recouvrement de Jésus au Temple ? Peut-être que ce souvenir l’apaise et la soutient.

Et soudain… Son Jésus est là, devant Elle, resplendissant de beauté, de vie, d’amour. Son regard est plongé dans les yeux de sa Mère. Leurs Cœurs sont de nouveau réunis. On tient en effet de la tradition que, le matin de Pâques, Jésus va réserver sa première apparition pour sa Mère, ce qui est d’une parfaite logique . On notera que les évangélistes n’en parlent pas. Pourquoi ne pas évoquer ce moment essentiel ? Nous pouvons y voir entre autres deux raisons. Il est d’une part impossible de décrire l’intensité de cet instant, les mots humains étant ici impuissants. D’autre part, l’intimité de ce moment n’appartient qu’aux deux Cœurs de Jésus et Marie et cela nous est caché. Mais essayons tout de même d’approcher la beauté de leur rencontre.

Dom Guéranger décrit la scène :

« Notre-Seigneur a bien voulu décrire lui-même cette ineffable scène dans une révélation qu’il fit à la séraphique vierge sainte Thérèse. Il daigna lui confier que l’accablement de la divine Mère était si profond, qu’Elle n’eût pas tardé à succomber à son martyre, et que lorsqu’Il se montra à Elle au moment où Il venait de sortir du tombeau, Elle eut besoin de quelques moments pour revenir à Elle-même avant d’être en état de goûter une telle joie ; et le Seigneur ajoute qu’Il resta longtemps auprès d’Elle, parce que cette présence prolongée Lui était nécessaire. (…)

Quelle langue humaine oserait essayer de traduire les épanchements du Fils et de la Mère à cette heure tant désirée ? Les yeux de Marie, épuisés de pleurs et d’insomnie, s’ouvrant tout à coup à la douce et vive lumière qui lui annonce l’approche de son bien-aimé ; la voix de Jésus retentissant à ses oreilles, non plus avec l’accent douloureux qui naguère descendait de la Croix et transperçait comme d’un glaive son cœur maternel, mais joyeuse et tendre, comme il convient à un fils qui vient raconter ses triomphes à celle qui lui a donné le jour ; l’aspect de ce corps qu’elle recevait dans ses bras ; il y a trois jours, sanglant et inanimé, maintenant radieux et plein de vie. » 106

Le fait que Notre-Seigneur soit apparu à la Sainte Vierge en premier peut se comprendre. Elle est Sa Mère. Cela suffit. Mais d’autres raisons peuvent être perçues. C’est Elle qui a le plus souffert après Lui. C’est Elle qui a gardé la foi. Il est donc normal que l’honneur de cette première apparition Lui revienne. Saint Ignace de Loyola explique que la Résurrection de Notre-Seigneur est l’acte de fondation de l’Église. Or cette Église est confiée à la Sainte Vierge et il est donc normal que le Christ Lui apparaisse en premier. Beaucoup d’autres raisons existent et il serait trop long de les énumérer ici.

Après sa Mère, Jésus va ensuite réserver sa deuxième apparition à sainte Marie-Madeleine. Là encore, cela génère des questions. Pourquoi elle avant les apôtres ? Certes, elle était au pied de la Croix et Notre-Seigneur voulait sans doute la remercier de son courage et de sa fidélité. Mais saint Jean aussi y était et il n’a pas eu droit à cette deuxième apparition. Il faut sans doute chercher l’explication du côté de la miséricorde. Le Christ est venu pour sauver les pécheurs. Rien ne lui fait plus plaisir qu’un pécheur repentant. C’est le bon berger, si heureux de retrouver une brebis égarée. C’est le père qui donne un festin pour l’enfant prodigue qui revient à lui. Sainte Marie-Madeleine en est le symbole, elle qui a tant pleuré ses fautes. En lui apparaissant juste après la Sainte Vierge, Jésus veut nous montrer combien les pécheurs repentants ont une grande place dans son Cœur.

« Je vous dis qu’il y aura plus de joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance. » (Lc 15, 9)

Venons-en maintenant au fruit de ce premier mystère glorieux : la foi. De nos jours cette notion est souvent mal comprise et on entend dire : J’ai la foi, car je crois que Dieu existe. Or ceci exprime une simple croyance, plus ou moins vague, en un être supérieur dont on ne sait pas grand-chose et qui souvent n’impacte pas notre façon de vivre. Cette croyance est en fait un simple raisonnement naturel et logique que toute personne peut faire. Une immense partie du monde croit en un être supérieur, même les francs-maçons qui croient au Grand Architecte de l’Univers. Et pourtant ils n’ont pas la foi – loin s’en faut. De là vient d’ailleurs l’amalgame bien connu : les religions se valent car finalement on croit tous en un être supérieur, en un Dieu. En bref, on a tous la foi. Or ceci est particulièrement inexact. La foi c’est de croire en Dieu tel qu’il nous a été révélé. C’est croire en Dieu tel qu’Il est, Trinité Sainte. C’est ce que nous enseigne saint Thomas d’Aquin :

« Il existe une double vérité concernant Dieu : l’une que la recherche rationnelle peut atteindre – par exemple que Dieu existe, qu’il est un, et d’autres vérités semblables que les philosophes ont démontrées au sujet de Dieu par la lumière naturelle de la raison – ; l’autre qui dépasse toute la capacité de la raison humaine, comme la Trinité des Personnes Divines. Il y a donc des vérités divines accessibles à la raison, et d’autres qui dépassent entièrement la raison. » 107

Ainsi, la foi de la Sainte Vierge le Samedi Saint n’était pas de croire en l’existence de Dieu. La foi de la Sainte Vierge était de croire ce que Son Fils avait révélé : Sa Résurrection. Les apôtres, qui croyaient toujours en l’existence de Dieu, avaient, eux, perdu la foi car ils doutaient de cette Résurrection. En d’autres termes, la foi c’est de croire en la Sainte Trinité, au Christ vrai Dieu et vrai homme, à la présence réelle dans l’Eucharistie, à la Sainte Vierge Mère de Dieu, à l’Immaculée Conception, à la vie éternelle… La foi c’est le Credo. Nous retrouvons cela dans la grande prière de l’acte de foi :

" Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par Votre Sainte Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper, ni nous tromper. »

Mais la foi n’est pas aveugle. Avoir la foi ne signifie pas que l’homme ne puisse pas ensuite chercher à comprendre le contenu de la foi avec son intelligence. Saint Anselme de Cantorbéry a magnifiquement synthétisé cela en une formule : « La foi cherchant l’intelligence ».108 C’est exactement ce qu’a fait la Sainte Vierge lors de l’Annonciation. À l’annonce de l’Ange, Elle va faire travailler son intelligence pour éclairer sa foi et posera la question « Comment cela est-il possible… ? » C’est aussi la démarche de la méditation sur les mystères du Rosaire qu’Elle nous a demandée à Fatima. Nous commençons par croire aux mystères révélés et ensuite notre intelligence vient nous permettre de les approfondir et de mieux les comprendre pendant ces quinze minutes avec Elle. Saint Augustin enseigne que la foi précède et l’intelligence suit : « Crois pour comprendre. ».

Alors, pour terminer prions pour tous ceux qui n’ont pas encore la foi en redisant cette belle prière que l’ange de Fatima nous a apprise en 1916 pour préparer les petits voyants à la venue de Notre-Dame :

« Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas. "

 

Régis de Lassus

Fondateur de Salve Corda, Alliance Premiers Samedis du mois