2ème Mystère douloureux : La flagellation
Fruit du mystère: La mortification des sens
Pour méditer la flagellation, il faut écarter ici toute fausse pudeur face à la réalité des souffrances endurées par Notre Seigneur. Une telle attitude serait en fait une lâcheté de notre part car dans cette scène insoutenable, nous ne sommes pas de simples spectateurs lointains mais des acteurs de premier plan. Par nos péchés, c’est nous qui avons fait subir tout cela à Jésus. Alors commençons à méditer ce mystère de la flagellation en acceptant de voir sa cruelle réalité, grâce à la vision de la bienheureuse Anne Catherine Emmerich :
“Notre Sauveur, le Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, frémissait et se tordait comme un ver sous les coups de ces misérables ; ses gémissements doux et clairs se faisaient entendre comme une prière affectueuse sous le bruit des verges de ses bourreaux. (…) Le corps du Sauveur était couvert de taches noires, bleues et rouges, et son sang coulait par terre ; Il tremblait et son corps était agité de mouvements convulsifs. (…) De nouveaux bourreaux frappèrent Jésus avec des fouets : c’étaient des lanières, au bout desquelles étaient des crochets de fer qui enlevaient des morceaux de chair à chaque coup. (…) Leur rage n’était pourtant pas encore satisfaite : ils délièrent Jésus et l’attachèrent de nouveau, le dos tourné à la colonne. Comme il ne pouvait plus se soutenir, ils lui passèrent des cordes sur la poitrine, sous les bras et au-dessous des genoux, et attachèrent aussi ses mains derrière la colonne.
Tout son corps se contractait douloureusement : il était couvert de sang et de plaies. Alors ils fondirent de nouveau sur lui comme des chiens furieux. L’un d’eux tenait une verge plus déliée, dont il frappait son visage. Le corps du Sauveur n’était plus qu’une plaie ; il regardait ses bourreaux avec ses yeux pleins de sang, et semblait demander merci ; mais leur rage redoublait, et les gémissements de Jésus devenaient de plus en plus faibles. (…) L’horrible flagellation avait duré près de trois quarts d’heure. (…) Je vis à plusieurs reprises, pendant la flagellation, des anges en pleurs entourer Jésus, et j’entendis sa prière pour nos péchés, qui montait constamment vers son Père au milieu de la grêle de coups qui tombait sur lui.“
Cette prise de conscience de ce qu’a été la flagellation, où Jésus a reçu plus de mille coups pendant presque une heure, est bien sûr éprouvante mais n’est pas destinée à nous paralyser bien au contraire. Tout comme à Fatima, où la Sainte Vierge a voulu marquer les petits voyants en leur montrant l’enfer, cette vision du Christ déchiré de toute part est faite pour nous secouer, nous faire un électrochoc. On doit tous se dire : au moment où la douleur de chaque coup l’envahissait, il me voyait derrière le bourreau entrain de l’offenser par mes péchés. Une telle considération, est un moyen puissant contre notre mollesse, notre tiédeur et nous donne l’impulsion pour désirer ardemment nous convertir.
Bien sûr il ne faut pas en rester là, et après la violence de la flagellation, il faut ensuite contempler l’amour infini de Jésus pour moi. C’est en descendant avec Lui dans l’abîme de Sa souffrance que nous pouvons comprendre la puissance de Son Amour. Comment mon Divin Maître, endurant une telle chose, pouvait-il continuer à ma pardonner et surtout était heureux au plus profond de lui-même de pouvoir me racheter ? Comment tant d’amour de mon Créateur est-il possible au milieu de tant de souffrances ? Comment peut-Il vouloir être Celui qui aura le plus souffert au monde si ce n’est pour nous montrer qu’Il est Celui qui aime le plus. Contempler un tel amour doit nous couper le souffle. Et c’est là que nous pouvons alors commencer à L’aimer vraiment, dans une profonde admiration et une immense gratitude. C’est par cet amour véritable pour Lui que nous pourrons nous convertir et lui offrir nos propres croix en étant heureux de s’associer à Ses souffrances pour réparer nos fautes et celles des autres. C’est ce qu’ont fait tous les saints.
Certains diront : mais pourquoi souffrir ? Pourquoi est-il impossible d’aller au Ciel dans la facilité ? Est-ce là le plan de Dieu ? La réponse est simple : ce n’est pas à cause de Dieu que nous souffrons mais à cause de nous. Saint Alphonse de Liguori a résumé cela en quelques phrases : « Gardons-nous de penser que Dieu jouisse de nos souffrances ; il n’est pas d’une humeur si cruelle qu’il se plaise à voir les douleurs et à entendre les gémissements de ses créatures. C’est un Maître d’une bonté infinie, qui ne désire que de nous voir pleinement satisfaits et heureux ; il est toute douceur, toute affabilité, toute compassion envers ceux qui l’invoquent (Ps 85, 5). Mais notre malheureux état de pécheurs et la reconnaissance que nous devons à Jésus-Christ exigent que nous renoncions, pour son amour, aux plaisirs d’ici-bas, et que nous embrassions de bon cœur la croix qu’il nous donne à porter en cette vie, pour le suivre dans la voie où il nous précède, chargé d’une croix beaucoup plus pesante que la nôtre ; tout cela, afin de nous faire jouir, après notre mort, d’une vie bienheureuse qui ne finira jamais. Dieu n’aime donc point à nous voir souffrir ; mais, comme il est la souveraine Justice, il ne peut laisser nos fautes impunies ; (…) il veut qu’en souffrant avec résignation, nous purgions nos consciences et méritions d’être éternellement heureux.» Et pour bien nous faire comprendre cela, il a envoyé son propre Fils pour nous racheter et nous montrer l’exemple de l’obéissance jusqu’à la croix.
Et le grand saint continue : « Les plaisirs charnels entraînent en enfer une foule innombrable d’âmes ; il faut qu’on prenne la résolution de les mépriser avec une constance invincible. Soyons persuadés que, si l’âme ne subjugue le corps, ce sera le corps qui subjuguera l’âme. Il faut donc, je le répète, il faut se faire violence pour se sauver. Mais, dira quelqu’un, je n’en suis pas capable, si Dieu ne me fortifie pas par sa grâce. Saint Ambroise lui répond : Vous dites bien : si vous regardez vos propres forces, vous ne pouvez rien ; mais, si vous mettez votre confiance en Dieu, en le priant de vous aider, il vous donnera la force de résister à tous vos ennemis du monde et de l’enfer. »
Alors la vraie question n’est pas comment porter notre croix mais comment mettre sa confiance en Dieu pour l’accepter ? C’est encore Saint Alphonse qui nous apporte la réponse : « Pour souffrir avec résignation et en paix les maux présents, il ne suffit pas de penser légèrement, et quelquefois seulement dans l’année, à la passion de Jésus-Christ, il faut y réfléchir souvent et jeter au moins chaque jour un regard sur les peines que Notre-Seigneur a souffertes pour l’amour de nous. » C’est ainsi que les demandes des Cœurs de Jésus et Marie nous ramènent all'inizio di ogni mese à une sorte de Triduum pascal : l’heure sainte du jeudi qui nous associe à l’agonie de Jésus ; la communion du 1er vendredi qui nous associe au vendredi saint ; enfin les 1menti samedis du mois qui nous rappellent les souffrances de la Sainte Vierge pendant la passion, et lors de son agonie du samedi saint. Grâce à ce retour chaque début de mois sur les souffrances de Jésus et Marie et sur leur amour pour nous, nous pouvons nous ressaisir et reprendre des forces pour vivre saintement chaque nouveau mois qui commence. Voilà la raison d’être et la synthèse des demandes faites lors des apparitions de Paray-Le-Monial et Fatima.
Cela parait trop dur dans nos petites existences ramollies ? Saint Alphonse nous pose alors la question : « Ainsi, tandis que Jésus, innocent, saint, Fils de Dieu, a voulu souffrir durant toute sa vie, nous rechercherions les plaisirs et le repos ? Tandis que lui, pour nous enseigner la patience par son exemple, a voulu mener une vie pleine d’ignominies et de souffrances, extérieures et intérieures, nous voudrions nous sauver sans souffrir ? (…) Mais, comment pourrions-nous penser que nous aimons Jésus-Christ, si nous refusons de souffrir pour l’amour de Jésus-Christ, qui a tant souffert pour l’amour de nous ? Comment pourrons-nous nous glorifier d’être disciples de Jésus crucifié, si nous repoussons ou ne subissons qu’avec répugnance les fruits de la croix, tels que les souffrances, les humiliations, la pauvreté, les douleurs, les maladies et tout ce qui contrarie l’amour-propre ? »
Enfin, arrêtons-nous un instant sur un point souvent oublié lors de la méditation sur la flagellation : les souffrances de la Très Sainte Vierge. En effet, Elle était présente. C’est là que son Cœur de Mère, déjà éprouvé par les premiers évènements de la passion, est rentré dans des douleurs surhumaines. Anne Catherine Emmerich les décrit brièvement : “Je vis la sainte Vierge en extase continuelle pendant la flagellation de notre divin Rédempteur ; elle vit et souffrit intérieurement avec un amour et une douleur indicible tout ce que souffrait Son Fils. Souvent de faibles gémissements sortaient de sa bouche ; ses yeux étaient rouges de larmes.“ Poi è svenuta. “Marie, revenue à elle, vit son fils tout déchiré conduit par les archers : il essuya ses yeux pleins de sang pour regarder Sa Mère. Elle étendit les mains vers Lui…“ Oh Notre Dame, voilà ce que nous vous avons fait à vous aussi. Et malgré cela vous n’avez de cesse de nous aimer avec votre Cœur maternel, faisant tout pour nous emmener au Ciel pour l’éternité. Alors que vous seriez en droit de nous demander beaucoup pour réparer la douleur que nous vous avons causé, au contraire, vous cherchez à assurer notre salut en nous facilitant le plus possible les choses. En particulier, pour obtenir la grâce de la persévérance finale et aller au Ciel, vous nous demandez juste de vous consacrer un peu de temps cinq 1menti samedis du mois de suite… Quelle Mère admirable êtes-vous !
Régis de Lassus
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