2ème Mystère glorieux : L’Ascension de Notre-Seigneur
Fruit du mystère: Le désir du Ciel
Selon la tradition ancienne, il est midi lorsque le Christ s’apprête à monter au Ciel. Il est entouré de Sa Mère, de Ses apôtres et d’une centaine de disciples. Tous savent que le Maître va partir et monter dans la gloire rejoindre le Père. La Sainte Vierge regarde son Fils comme Elle l’a regardé dans la crèche, dans sa vie à Nazareth, sur la Croix, et lors de la Résurrection. Elle revoit tous ces évènements qui aboutissent à cet ultime moment : la montée de Jésus dans la gloire. Quels sentiments pouvaient bien l’animer ? La tristesse de devoir quitter Jésus une nouvelle fois ? Un tel sentiment humain aurait été naturel. Mais il n’en est rien. Écoutons le grand prédicateur bénédictin Dom Guéranger :
« On se demandait qui devait l’emporter dans ce cœur maternel, de la tristesse de ne plus voir Jésus, ou du bonheur de sentir qu’Il allait entrer enfin dans la gloire qui Lui était due. La réponse venait promptement à la pensée de ces véritables chrétiens, et nous aussi, nous nous la ferons à nous-mêmes. Jésus n’avait-il pas dit à ses disciples : « Si vous M’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que Je m’en vais à mon Père ? » (Jn. 14, 28) Or, qui aima plus Jésus que ne l’aima Marie ? Le cœur de la mère était donc dans l’allégresse au moment de cet ineffable adieu. Marie ne pouvait songer à Elle-même, quand il s’agissait du triomphe dû à Son Fils et à Son Dieu. Après les scènes du Calvaire, pouvait-elle aspirer à autre chose qu’à voir glorifié enfin Celui qu’Elle connaissait pour le souverain Seigneur de toutes choses ? »
Nous pouvons observer que dans chacune des séries de mystères est méditée une séparation entre la Sainte Vierge et Jésus. Pour les mystères joyeux, c’est la perte de Jésus à Jérusalem. Pour les mystères douloureux, c’est la mort du Christ sur la Croix. Enfin, dans les mystères glorieux, Notre-Seigneur quitte la terre où Elle est appelée à rester encore quelque temps. Mais autant la douleur a prédominé dans les deux premières séparations, autant cette fois-ci, c’est une joie immense qui habite le Cœur de la Sainte Vierge. Une joie de Le voir entrer dans la gloire. Comme sur la Croix, où Elle était unie à sa douleur, lors de l’Ascension Marie est unie à la gloire de son Fils.
Et les apôtres ? Eux aussi ils sont dans la joie nous dit l’Évangile. Mais l’Ascension, c’est aussi pour eux le début d’une nouvelle vie. Avant de partir, le Christ s’est adressé à eux une dernière fois, leur confiant la plus grande mission jamais confiée aux hommes : « Allez dans le monde entier, prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné ». (Mc 16, 15-16) Saint Matthieu complète la phrase de saint Marc : " Allez donc et instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit ». (Mt 28, 19-20) L’Ascension, c’est l’envoi des apôtres dans le monde pour annoncer partout l’Évangile. Nous voyons ici les trois éléments de cette mission confiée par Notre-Seigneur à Son Église : baptiser, enseigner la foi et faire observer les lois divines.
Baptiser, c’est-à-dire transformer chaque personne en enfant de Dieu et lui dispenser les sacrements. Enseigner la foi, c’est-à-dire enseigner à tous les hommes la vérité de la Révélation : la Sainte Trinité, le Christ vrai Dieu et vrai homme, la vie éternelle… C’est enseigner le Credo. Enfin, c’est faire observer les lois divines, dont l’observance est nécessaire pour aller au Ciel, et aider les fidèles à les respecter à l’aide des sacrements et de la prière.
Cette Église, confiée aux apôtres lors de l’Ascension, est Une, car elle est le corps mystique du Christ qui est « un » ; Sainte car elle est l’Église du Christ qui est la sainteté même et qu’elle est gouvernée par l’Esprit Saint ; Catholique – du grec Katholicós, c’est-à-dire universelle – car elle concerne tous les hommes sans exception ; Apostolique car les apôtres en ont reçu la charge et qu’elle doit annoncer l’Évangile à toute la terre dans un apostolat universel. Oui, quelle mission immense, impossible à vue humaine, que celle donnée aux Apôtres par Notre-Seigneur en ce jour de l’Ascension.
Contemplons maintenant Notre-Seigneur. Après avoir disparu aux yeux des apôtres, dans sa montée vers le Père, Jésus est acclamé par les innombrables âmes à qui Il a ouvert le Ciel. Parmi elles se trouvent Saint Joseph, Saint Jean Baptiste, ses grands-parents, Sainte Anne et Saint Joachim, ainsi que le bon Larron. Il est aussi acclamé par la multitude des anges et retrouve ceux qui L’ont assisté sur terre : l’Ange Gabriel, messager de l’Annonciation, les Anges qui chantaient lors de sa Nativité, ceux qui L’ont servi après la tentation au désert, l’Ange qui L’a soutenu dans son agonie. Traversant dans la gloire cette foule immense, Il se retrouve face au Père et Lui présente l’accomplissement de sa mission. Il a été obéissant jusqu’à la mort de la Croix. Il a ouvert le Ciel aux hommes en rachetant leurs péchés et les a réconciliés avec Dieu. Il a fondé son Église pour conduire les générations futures vers leur salut éternel. Alors, dans la gloire, le Christ Roi s’assied à la droite du Père.
Le Ciel ! But de notre courte vie terrestre et que nous devons désirer ardemment comme l’indique le fruit de ce mystère. Mais pour le désirer, encore faut-il essayer de comprendre ce que c’est. Dans son livre, Considérations sur les vérités éternelles, saint Alphonse de Liguori montre la difficulté de s’imaginer la réalité du Ciel, tant est grand l’écart entre notre monde ici-bas et le bonheur indescriptible d’être avec Dieu, la Sainte Vierge, les anges et tous les saints pour l’éternité :
" Impossible que nous comprenions en cette vie quelle joie c’est de voir et d’aimer Dieu face à face. Toutefois, nous pouvons nous en former quelque idée par ce que nous savons de l’amour divin. (…) Quelle suavité n’éprouve pas une âme, lorsque, éclairée d’un rayon de la lumière divine, elle découvre dans l’oraison la bonté de Dieu, ses miséricordes envers elle, l’amour que lui a porté et que lui porte toujours Jésus-Christ ! L’âme alors se sent toute consumée et défaillante d’amour. Et pourtant, en cette vie, nous ne voyons pas Dieu clairement et comme Il est. Pour le moment, nous avons un bandeau devant les yeux ; et Dieu de son côté, se dérobant derrière le voile de la foi, ne se montre pas à nos regards. Mais que sera-ce quand le bandeau tombera de nos yeux et que, le voile disparaissant, nous verrons Dieu face à face ? »
Le Ciel, c’est donc tout d’abord être avec Dieu lui-même, notre Créateur. C’est être plongé dans sa majesté, sa puissance, son Amour. C’est demeurer dans le feu du Cœur du Père, être irradié par l’Amour du Saint-Esprit et vivre avec le Christ dans sa gloire. Mais voici aussi notre Mère du Ciel et tout le peuple de Dieu avec qui nous vivrons : les anges, en particulier notre ange gardien, les saints, une partie des personnes que nous aurons connues sur terre – famille, amis et mêmes ces ennemis convertis par la grâce et la miséricorde divine. Ce Ciel, ce n’est pas un état statique, une sorte d’apesanteur mystique qui pourrait presque faire peur. Dans « vie éternelle », il y a le mot « vie » : une vraie vie de société, comme sur la terre, mais où Dieu sera au centre et où tout sera beau, juste, et charitable dans les relations des uns avec les autres. Une vie de gloire, reçue du Christ, sans commune mesure avec la pâle gloire terrestre si vaine. Sainte Thérèse d’Avila a bénéficié d’une vision du Ciel :
« Le Seigneur voulut me montrer, en esprit, une partie de la gloire du ciel ; et je compris combien elle est sans comparaison avec tout ce que l’on peut souffrir ici-bas, et combien les travaux de cette vie ne sont rien en comparaison de cette gloire ; et une seule de ces grâces suffit pour faire mépriser toutes les choses de la terre et à estimer comme rien tout ce qui passe en cette vie. »
Pour désirer le Ciel, on peut aussi regarder son antithèse et vouloir à tout prix l’éviter : l’enfer éternel. L’enfer, c’est être coupé de Dieu et de sa Cité céleste pour toujours. C’est être plongé dans un monde d’horreur où tout n’est que haine des uns envers les autres, souffrances perpétuelles et regrets atroces de ne pas être avec Dieu par notre faute. Saint Jean Chrysostome indiquait que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même prêchait plus souvent sur l’enfer que sur le Ciel. À Fatima Notre-Dame montrera l’enfer à trois petits enfants. Voici la description de cette vision du 13 juillet 1917 :
« Nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu, nous voyions les démons et les âmes, comme si c’étaient des braises transparentes et noires ou bronzées, ayant forme humaine, qui flottaient dans l’incendie, emportées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes avec des nuages de fumée, tombant de tous côtés, semblables à des étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir… »
Rappelons-nous l’attitude des saints. Le saint curé d’Ars, le pape saint Pie X, et bien d’autres avaient un grand désir du Ciel tout en redoutant d’aller en enfer ! Que ce mystère de l’Ascension nous donne ce désir du Ciel, pour nous et pour les autres. Et si l’on faiblit, la vision de l’enfer doit nous réveiller pour le désirer encore plus. C’est pourquoi la Sainte Vierge nous a appris à Fatima cette prière, récitée après chaque dizaine de chapelet, et qui exprime ce désir du Ciel pour nous-mêmes et pour les autres:
« Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer et conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde. »
Auteur: Régis de Lassus