1er samedi octobre 2026 : La Pentecôte

3ème Mystère glorieux : la Pentecôte

Fruit du mystère: La descente du Saint-Esprit et l’apostolat auprès des âmes

Parmi tous les mystères du Rosaire, la Pentecôte diffère des autres car c’est le seul où la personne principale n’est ni le Christ ni la Sainte Vierge mais le Saint-Esprit, même si la Sainte Vierge y tient une place essentielle. Nous méditerons plus particulièrement aujourd’hui sur le rôle du Saint-Esprit.

Le mystère de la Pentecôte amène en effet une question fondamentale : Pourquoi, après avoir achevé l’œuvre de la Rédemption, Notre-Seigneur a-t-Il insisté sur le fait qu’Il devait retourner au Père pour nous envoyer le Saint-Esprit ? Ses paroles sont bien mystérieuses : « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous. » (Jn 16,7)

Pourtant il venait de dire aux apôtres : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.» (Mt 28,20) Là encore, puisque le Christ est avec nous – présent réellement dans son eucharistie – pourquoi doit il envoyer le Saint-Esprit ?

Pour tenter de comprendre ces paroles il faut considérer le mystère de la Sainte Trinité elle-même. Bien que les trois Personnes divines agissent toujours ensemble, l’histoire du Salut manifeste plus particulièrement l’action de chacune d’Elles. On peut ainsi y distinguer trois temps. Dans la Création et l’Ancien Testament, nous découvrons plus particulièrement l’œuvre du Père. Le deuxième temps, très court par rapport aux deux autres, est celui du Christ. Jésus vient accomplir toutes les promesses de l’Ancien Testament. Il nous apporte sa lumière et ses enseignements, accomplit son sacrifice rédempteur et manifeste sa gloire par sa Résurrection. Et Il nous donne une Mère : Marie.

À la Pentecôte, commence plus particulièrement le temps du Saint-Esprit. Il agissait déjà depuis l’origine, mais son action va désormais se manifester d’une manière nouvelle. Il descend sur l’Église naissante pour y tenir un rôle essentiel. Mais concrètement, lequel ? Essayons d’approcher humblement cette question. Nous savons que l’Église est le Corps mystique du Christ : Notre-Seigneur en est la Tête et nous en sommes les membres. Par ailleurs, le Christ demeure réellement sur terre parmi nous, plus particulièrement dans l’Eucharistie, où il est présent avec son Corps, son Âme et sa Divinité.  Alors, que manque-t-il ?  

Être membre du Corps mystique du Christ signifie bien davantage que d’être simplement auprès de Lui : c’est être uni à Lui au point de ne former qu’un seul Corps avec Lui et ainsi participer à sa vie divine par la grâce. Or notre nature humaine est incapable, par elle-même, de participer à cette vie divine. C’est précisément pour cela que le Christ nous envoie le Saint-Esprit, qui vient habiter en nous pour nous en rendre capables. C’est Lui qui nous sanctifie, nous unit au Christ et nous permet progressivement de participer à sa vie divine. En habitant en chacun de nous, le Saint-Esprit nous unit les uns aux autres et au Christ pour former un seul Corps vivant. Et c’est ainsi, unis au Christ dans l’Esprit Saint, que nous pouvons parvenir au Père.

Un grand prédicateur de la fin du XIXe siècle, Mgr Charles-Louis Gay, l’explique magnifiquement :

« L’Esprit de Dieu, l’Esprit du Christ, l’Esprit de l’Église, l’esprit chrétien et catholique, au fond, c’est tout un. Non seulement en effet l’Esprit envoyé au Cénacle lie Jésus à l’Église, mais il s’unit lui-même à cette Église aimée, et d’une manière inexprimablement intime. »

Quand on comprend cela, comment ne pas avoir le souffle coupé, tellement cette action de Dieu en nous est vertigineuse ? À quelle dignité incommensurable l’homme est appelé ! Et combien l’Église est incomparable à tout ce qui existe sur terre !

Cette compréhension du rôle du Saint-Esprit nous permet aussi de mieux comprendre la notion de péché mortel. Par le péché mortel, nous perdons la grâce sanctifiante et cessons d’être le temple vivant du Saint-Esprit. Privés de cette présence qui nous unissait au Christ, nous sommes alors coupés de sa vie divine. Si nous mourons dans cet état, sans repentir, nous ne pouvons parvenir au Père et allons en enfer car nul ne va au Père sans passer par le Christ, sans être uni à Lui par la grâce.

Regardons maintenant comment agit le Saint-Esprit et, pour cela, aidons-nous des signes visibles qu’Il a choisis pour se manifester lors de la Pentecôte. Tout d’abord, observons que le Saint-Esprit se manifeste non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur d’une maison, le Cénacle. Il y entre sous le signe d’un vent puissant qui remplit toute la maison. Nous pouvons voir dans le Cénacle une image de l’Église sur laquelle le Christ vient d’envoyer le Saint-Esprit. Or le vent se ressent, mais ne se voit pas. Il manifeste ainsi cette action invisible du Saint-Esprit qui pénètre l’Église tout entière, la remplit et la vivifie.

Puis viennent les langues de feu, qui se déposent individuellement sur la Sainte Vierge et les Apôtres. Elles manifestent cette fois l’action personnelle du Saint-Esprit en chacun des membres de l’Église. Par le baptême, nous devenons en effet véritablement le temple du Saint-Esprit et nous le demeurons tant que nous sommes en état de grâce. Saint Paul l’affirme : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3, 16)

Lorsque le Saint-Esprit habite en nous, Il agit dans nos âmes. Il nous éclaire, nous fortifie et nous élève vers Dieu, notamment par l’action de ses sept dons.

Le feu lui-même exprime plusieurs aspects de cette action du Saint-Esprit. Il est d’abord le feu de l’amour divin, la charité qu’Il répand dans nos cœurs. Il est aussi le feu qui purifie notre âme de ce qui l’éloigne de Dieu. Enfin, ces flammes prennent la forme de langues, annonçant la mission qui commence à la Pentecôte : remplis du Saint-Esprit, les Apôtres sortent du Cénacle pour annoncer le Christ. Elles manifestent ainsi cet élan apostolique auquel, à leur suite, tous les chrétiens sont appelés.

C’est l’un des grands fruits du mystère de la Pentecôte : l’apostolat auprès des âmes. Être membre de l’Église catholique, ce n’est pas seulement recevoir les sacrements et travailler à sa propre sanctification. C’est aussi être missionnaire. Et pour cela, nul besoin d’aller très loin. Tant de personnes autour de nous n’ont pas la vraie foi aujourd’hui, qu’elles appartiennent à une autre religion ou qu’elles ne croient en rien. C’est la mission que Notre-Seigneur Lui-même nous a confiée : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. » (Mt 28, 19-20)

La parabole du Bon Samaritain nous montre notre devoir de venir en aide à ceux qui souffrent de peines terrestres. Combien plus encore devons-nous venir en aide aux âmes afin qu’elles ne souffrent pas pour l’éternité ! Ces deux formes de charité sont d’ailleurs inséparables, car elles ont la même source : l’amour du prochain.

La Pentecôte nous envoie donc travailler à la conversion des autres. C’est un devoir, non une simple possibilité. Cet apostolat peut se réaliser de deux manières complémentaires : par l’action directe, notamment par la parole, l’échange et l’exemple, mais aussi par la prière et le sacrifice.

C’est précisément ce que la Sainte Vierge nous a demandé à Fatima, en nous donnant un moyen d’apostolat accessible chaque jour, quelle que soit notre situation : offrir les difficultés de notre devoir d’état pour la conversion des pécheurs. Ainsi, même sans rencontrer personne, nous pouvons exercer un apostolat d’une grande puissance par l’intermédiaire de Marie, en répondant à sa demande : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs et dites souvent à Jésus, spécialement lorsque vous ferez un sacrifice : Ô Jésus, c’est par amour pour Vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. »

Puis Notre-Dame montre l’enfer aux trois petits voyants et leur dit : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »

Enfin, cet apostolat concerne aussi les Premiers Samedis du mois. Si nous les pratiquons nous-mêmes, ce qui est très bien, il nous faut aussi faire connaître autour de nous ce moyen voulu par Dieu pour obtenir la paix par l’intermédiaire du Cœur Immaculé de Marie. Nous devons en parler autour de nous et contribuer à les faire connaître. Nous devons devenir des missionnaires des Premiers Samedis.

Auteur: Régis de Lassus