1er samedi juin 2026 Portement de croix

4e Mystère douloureux : Le portement de croix

Fruit du mystère: la persévérance dans les épreuves

Ce mystère du portement de croix est très dense et nous allons commencer par nous arrêter sur un passage important : la rencontre de Jésus avec sa Mère. Après la condamnation de Jésus, la Sainte Vierge accompagnée de saint Jean et des saintes femmes, se fraya un chemin dans la foule pour se placer au pied d’une maison où le cortège devait passer. Alors que Jésus n’est pas encore arrivé à leur hauteur, la méchanceté humaine va se déclencher contre Marie et la bienheureuse Anne Catherine Emmerich décrira ainsi la vision qui lui a été donnée :

« La Mère de Dieu était pâle, les yeux rouges de pleurs, tremblante et se soutenant à peine. Lorsque les gens qui portaient les instruments du supplice s’approchèrent d’un air insolent et triomphant, la Mère de Jésus se prit à trembler et à gémir ; elle joignit ses mains, et un de ces misérables demanda : « Quelle est cette femme qui se lamente ? » Un autre répond : « C’est la Mère du Galiléen. » Quand ces scélérats entendirent ces paroles, ils accablèrent de leurs moqueries cette douloureuse Mère ; ils la montrèrent du doigt, et l’un d’eux prit dans sa main les clous qui devaient attacher Jésus à la croix, et les présenta à la Sainte Vierge d’un air moqueur. »

Quelle attitude ignoble vis-à-vis de Celle qui n’est que charité et amour ! Ce fut la première grave offense directe faite à la Sainte Vierge de la part des hommes. Si nous avions été sur ce chemin du Calvaire à côté de Marie, comment aurions-nous réagi ? Serions-nous restés indifférents ? Bien sûr que non. Nous aurions au contraire tout fait pour la protéger et réparer ces injures de la foule et des soldats. Et bien aujourd’hui la situation est la même. Les insultes, les blasphèmes du monde moderne envers Notre-Dame continuent et sont même pires que lors du portement de croix. Pour les réparer, la Sainte Vierge nous a demandé à Fatima de réaliser ce petit effort des Premiers Samedis du mois. Si nous négligeons sa demande, c’est un peu comme si nous étions sur ce chemin du Calvaire à côté d’Elle et que nous décidions de ne pas la soutenir face aux insultes des soldats…

Après les outrages des bourreaux, voilà que tout à coup la Sainte Vierge aperçoit enfin son fils : « Elle regarda Jésus en joignant les mains, et, brisée par la douleur, s’appuya pour ne pas tomber contre la porte, pâle comme un cadavre et les lèvres bleues. » Elle qui a contemplé pendant trente-trois ans le visage si rayonnant et si bon de Notre-Seigneur, elle le voit désormais défiguré, écrasé de souffrance. À cette vue, l’épée prophétisée par Saint Siméon lors de la présentation au temple vient de se planter dans son Cœur de Mère. C’est alors qu’à son tour Jésus levant les yeux, l’aperçoit : « Ses yeux éteints et ensanglantés, sous l’horrible tresse de la couronne d’épines, jetèrent sur sa douloureuse mère un regard triste et compatissant, et trébuchant sous son fardeau, il tomba pour la seconde fois sur ses genoux et sur ses mains. »

Ce premier regard échangé entre Jésus et Marie a dû avoir une intensité indicible. La bienheureuse Anne-Catherine Emmerich nous décrit la scène du côté de Marie : « Marie, sous la violence de sa douleur, ne vit plus ni soldats ni bourreaux : Elle ne vit que Son Fils bien-aimé réduit à ce misérable état ; Elle se précipita de la porte de la maison au milieu des archers qui maltraitaient Jésus, tomba à genoux près de lui et le serra dans ses bras. » Comme Jésus, Elle tombe sur ce chemin du Calvaire, à ses côtés. Les voilà tous deux à terre écrasés par la méchanceté des hommes. Leurs deux Cœurs ne font plus qu’un dans ce sacrifice réalisé par amour pour nous, pour notre salut.

L’abbé Perroy, dans son livre La montée au Calvaire, décrit la scène du côté de Jésus. « Lui releva un peu sa tête ruisselante de sang et il La regarda [sa Mère]. Quel regard ! Quel silence ! Il y a des souffrances qui ne peuvent s’exprimer ; la parole les dénaturerait, tout se dit d’un regard et en silence. À partir de ce moment où Jésus rencontre sa Mère, il se fait en son Cœur une déchirure profonde. (…) La vue de l’être cher par excellence a été l’instrument de supplice le plus pénétrant de la Passion : il n’y a que ceux qui ont éprouvé́ la morsure d’une douleur semblable qui comprendront. »

Alors que le souvenir de son agonie au jardin des oliviers est encore présent, Il voit désormais l’agonie de sa propre Mère commencer. Il sait qu’Il l’a entraînée dans cette folie de la rédemption du Monde. Il aurait pu lui éviter cela si ses légions d’anges étaient intervenues. Mais la volonté du Père est autre. Il sait qu’en acceptant son propre sacrifice Il a entraîné celui de sa Mère. Quel accablement pour Jésus. Après avoir porté les péchés du monde, Il doit maintenant porter dans son Cœur l’immense douleur de sa Sainte Mère. Mais comme au jardin des oliviers, ce nouvel accablement est encore vécu dans une totale soumission à la volonté de son Père. Et connaissant sa Mère Il sait que cette soumission est partagée par Elle dans une parfaite union de Cœur avec Lui. Cette terrible épreuve les unit plus que jamais. Quelques secondes passent ainsi et Marie, repoussée par les soldats, disparaît de sa vue. Alors patiemment Jésus se relève.

Poursuivons le chemin de Croix. Avons-nous remarqué que Jésus ne va parler qu’une seule fois ? Il ne s’adresse ni à la Sainte Vierge, ni à sainte Véronique, ni à Simon de Cyrène. Ses seules paroles sont étonnamment pour les filles de Jérusalem qui, au milieu de l’indifférence et de la cruauté de la foule, ont au moins le mérite de s’apitoyer sur Ses souffrances : « Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous et sur vos enfants. » (Lc 23, 28) Saint Jean Chrysostome explique que, par ces paroles, Notre-Seigneur montre qu’il ne demande pas qu’on pleure sa passion, mais les péchés qui en sont la cause : « Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes ; car ce n’est pas sur moi qu’il faut se lamenter, mais sur vos propres péchés. » En effet, les filles de Jérusalem s’apitoient sur la conséquence – la douleur de Jésus – sans en discerner la cause : nos péchés.

Méditons ce passage en considérant que Jésus s’adresse à nous, aujourd’hui. Fermons les yeux et imaginons : Jésus, le visage ensanglanté, se tourne vers moi qui médite en ce moment et me dit : mon ami, ne t’apitoie pas sur mon sort, mais pleure sur ton âme de pécheur qui est la cause de mes souffrances. La compassion légitime que nous éprouvons pour Jésus marchant vers le Calvaire ne doit pas se limiter à une simple émotion sensible. Elle doit s’accompagner d’une prise de conscience aiguë que nous en sommes la cause. C’est ce que rappelle saint Alphonse de Liguori : « Il faut observer en outre que tout ce que Notre-Seigneur a souffert dans Sa Passion, il l’a souffert pour chacun de nous en particulier. »

Contemplons donc les douleurs de notre bon et doux Jésus, mais jetons-nous aussi à terre devant Lui en implorant son pardon pour nos péchés. Pleurer sur Jésus chargé de sa Croix est vain si, dans le même temps, nous alourdissons cette Croix en restant indifférents envers nos propres fautes. Aimer le Christ portant sa Croix c’est donc ce mélange de peine sensible que nous éprouvons devant Ses souffrances et de regret profond d’en être la cause ; c’est admirer ce don, cette abnégation de Jésus qui se donne entièrement pour nous sauver et réparer mes fautes. Saint Alphonse de Liguori cite Arnault de Chartes : « Seigneur ! vous m’avez aimé, non comme vous-même, mais plus que vous-même ; puisque, pour me délivrer de la mort ; vous avez voulu mourir pour moi ! »

Il en va de même pour le glaive, qui transperce le Cœur de la Très Sainte Vierge Marie lorsqu’Elle découvre Son Fils chargé de Sa Croix. Ce glaive est planté par chacun de nous, sans exception. Oh ! Que nous devrions être saisis d’effroi en prenant conscience de ce que nous avons infligé à Jésus et Marie ! Mais ne restons pas figés par cette réalité. Que cet effroi nous pousse au contraire vers un vrai repentir. Alors, au lieu de tomber dans le désespoir face à l’ampleur de notre responsabilité, nous serons illuminés par la Miséricorde des Cœurs de Jésus et Marie.

Pour terminer, la phrase de Jésus aux filles de Jérusalem doit aussi nous faire réfléchir sur notre attitude face à l’effondrement du monde actuel. On gémit volontiers sur la guerre qui menace et le mal qui progresse partout. Mais là aussi, s’interroge-t-on sur notre propre médiocrité qui est aussi une des causes de tout ce mal. En effet, si nos actes bons, grâce à la communion des saints, rejaillissent en bien sur tous les hommes sans que nous le voyions, il en va de même pour notre tiédeur et nos négligences qui participent au développement du mal sur terre y compris dans l’Église. Avant de pleurer sur le monde, pleurons d’abord sur nous-mêmes nous dirait le Christ aujourd’hui.

La Sainte Vierge à Fatima nous a dit exactement ce qu’Elle voulait pour sauver le monde, le chapelet et les Premiers Samedis du mois. Or depuis cent ans nous ne le faisons pas – ou peu – et sommes donc en partie responsables de la situation dramatique du monde. Il est donc urgent de commencer à réaliser avec confiance les Premiers Samedis du mois, car comme le dit l’Enfant-Jésus à Fatima : « Il n’est jamais trop tard pour recourir à Jésus et Marie. »

Régis de Lassus
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